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001 : Haya

[Localisation du disque : Hurston – Orbite (101Km)]

Titre piste audio : Haya

Localisation du disque : Hurston – Orbite basse (121Km)

optionel :  à écouter pendant la lecture Lien

 

Haya, douce Haya.

 

Le diminutif d’Hayabusa, ou faucon pélerin dans une langue qui n’est plus vraiment parlée de nos jours.

La première fois que je l’ai rencontrée, elle me raconta que son père l’avait appelée ainsi pour souligner son agilité, sa vivacité d’esprit, mais surtout… sa propension à foncer tête baissée…

Et bon dieu que cet homme avait raison. Elle était originaire de Magnus, un système mitoyen de Stanton, elle y avait grandi et s’était démarquée sur Borea, lors de rixes entre l’union et les rebels.

J’aurais aimé me servir un dernier verre de bourbon Yenien… je n’aurai bientôt plus d’oxygène. Le vieux tourne disque doit probablement jouer un blues d’une époque révolue, mais le son ne parvient pas à moi dans la froideur du vide cosmique. Le sang de mon coéquipier forme des sphères qui tournoient dans le cockpit comme une formation planétaire lugubre.

Je ne sens plus mes membres… la douleur s’apaise et laisse place aux souvenirs de son regard, de sa voix… Haya, une femme aussi mystérieuse et attirante qu’un astre dense.

Des filles comme ça, ça ne court pas l’univers, et c’est bien pour ça qu’un roublard de première n’aurait pas dû se faire avoir !

 

Laissez moi vous conter les derniers instants de ma vie, que ma mémoire dans cet holodisk puisse vous éviter de tomber sous le charme des sirènes de l’espace.

 

On s’est rencontrés sur Hurston, dans un bar à la frontière sud de Lorville. Le coin est un peu dangereux, je vous le concède… mais j’y ai grandi et je peux vous garantir que les plus grands compétiteurs de Nox y résident !

 

Nous tournions à la bière locale avec Nuja, mon ami d’enfance, un frère d’arme comme on n’en fait plus. Nous pouvions nous payer de quoi picoler comme des trous en faisant du repérage d’épaves pour le compte d’une organisation un peu spéciale…

 

plutôt du genre mafieuse à blanchir ses « activités » derrière son Reclaimer. Tant que ça nous payait nos verres, Nuj et moi ne faisions pas dans la dissidence.

 

 

Ce jour-là, elle entra en forçant le battant automatique, l’air stressé, et s’avança vers le bar en couvrant son visage. Quelque chose de pas net se tramait, mon acolyte et moi le sentions.

Comme pour confirmer notre flaire, trois caïds entrèrent l’instant d’après, L86 à la ceinture. Cette arme est la marque de fabrique du gang pour lequel nous travaillions.. rapide et légère, parfaite en CQC.

 

Ils approchèrent d’elle et la saisirent par le bras. Le bar étant sous leur protection, ils n’allaient pas chercher à faire du grabuge. Mais c’était sans compter sur la fougue de cette femme. Haya ne l’entendit effectivement pas de cette oreille et s’empressa d’attraper une bouteille pour venir la fracasser contre l’arcade du plus trapu des trois gorilles.

 

 

Cette histoire allait mal se terminer.

Il me suffit de croiser ses beaux yeux bleus l’espace d’une nanoseconde, pour tomber sous son charme et faire ce qu’il y avait de plus stupide à faire à ce moment-là.. l’aider.

D’un mouvement sec, j’assommais l’un des deux sbires courant vers elle, et me rappelait pourquoi ce n’est pas instinctif chez moi de décocher des mandales au vue de la douleur dans mon poing.

Mon camarade coucha le second à l’aide de la crosse de sa P4-AR, et nous voilà quelques secondes plus tard à cavaler dans les rues de Lorville afin de trouver un endroit où nous cacher. Les rues sont étroites dans ce quartier et les passants nombreux, ce ne fut pas une mince affaire de se faufiler à travers la foule.

 

Notre course effrenée prit fin lorsque nous nous arretames chez Damingo. Ne me demandez pas pourquoi son nom est aussi bizarre, c’est une énigme que même les Vanduul ne pourraient résoudre avec leur technologie.

Damingo, en sus d’avoir un nom de merde, était notre mechano de confiance. Lorsque l’Avenger Titan toussotait, il se chargeait de lui faire couler le sirop dans la gorge. La bête ressortait de son hangar comme neuve, malgré les manoeuvres douteuses de mon vieux frère, Nuja.

Après lui avoir expliqué la situation, ce dernier nous mi une couchette et sa chambre à disposition, à la condition qu’on lui fasse le plaisir de dégager le plancher le lendemain, à la première heure.

 

Mon bînome montait la garde alors que je me lançais dans une discussion avec la jeune etrangère. J’entendais sa voix pour la première fois et tombais sous le joug amoureux de cette jolie brune.

 

Elle me remercia de l’avoir courageusement aidé, me raconta son périple, les planètes exotiques et rencontres extraordinaires qu’elle y fit. Tout en me temoignant un intérêt appuyé… j’ai toujours jouis d’une belle notoriété auprès des femmes si l’on se refère aux constantes de ma MobiGlas.

 

 

Sa main finit par toucher la mienne.. Nous nous endormîmes l’un contre l’autre, et, non.. je ne laisserai pas dériver dans la vacuité intergalactique les détails de ma dernière romance charnelle !

 

 

Nous nous levâmes à l’aube, le ciel avait une teinte particulièrement chaude, une atmosphère de réconfort avant la fin d’un monde. Notre vaisseau était prêt à partir, je réussis à convaincre Nuja de monter avec nous. Le plan était simple : amener Haya sur ArcCorp afin qu’un passeur puisse l’escorter jusqu’à Magnus. Le trajet était rendu possible par un trou de ver en périphérie de Stanton.

 

 

Nous entamions notre ascension et mon ami ne pu s’empêcher de cuisiner notre jolie brune afin de savoir dans quel pétrin elle s’était mise. Je me trouvais bête d’avoir été plus intéressé par ce que son corps avait à raconter.

 

Son explication eu l’effet d’un astéroïde impactant mon crâne. Notre insouciante passagère avait abattu Kaiser, notre ex employeur, alors que ce dernier tentais de la soumettre comme les nombreuses femmes de son harem.

Kaiser était un homme puissant, et sa mort laissait de la place sur un trône convoité. Inutile de préciser qu’avoir nos têtes sur un pique rendrait légitime le porteur pour ce poste vacant.

Nuj’ entra dans une colère que l’apesanteur modéra, bien conscient qu’Haya avait sciemment choisit de se faire escorter pour éviter d’attirer les soupçons avec son Hornet.

 

A peine arrivions nous en orbite basse que nous vîmes les sbires de Kaiser nous talonner. Une flotte d’Hurricane, dont les rafales commençaient déjà à tomber.

 

 

Comme le calme avant la tempête, notre funèbre invitée était maintenant silencieuse dans la cale. Et l’orage s’annonça lorsqu’on entendit retentir un coup de feu.

Haya se donna la mort pour ne pas tomber entre les mains de l’organisation.

 

 

La larme à l’oeil, j’entamais des manoeuvres d’esquives pour nous sortir de ce pétrin. Chaque parade, chaque accéleration nous ramenait inlassablement plusieurs vaisseaux au cul. Après tout, nous n’étions pas des pilotes de guerre, et l’issue était visible à travers le regard de mon frère de sang : Nous étions faits comme des rats.

 

La culpabilité ronge mes derniers instincts. J’aurais du te laisser en dehors de ça, ne pas essayer de te convaincre de vivre cette aventure insensée Nuja.

Je te retrouverai de l’autre côté, dans une poignée de battements de coeur.

 

Je ne sens à présent plus mon corps, mes paupières se ferment.

 

A vous qui m’écoutez, voici mes derniers mots : Comportez-vous en bon citoyen des étoiles, mais soyez prêts à assumer le prix de l’aventure…

 

 

 

Johnny J. Merry-Bell